Diversité, points communs et implications des projets présentés par les partenaires du Consortium STRABON
Les projets présentés par les différents partenaires du programme se caractérisent par leur diversité : diversité des espaces géographiques mis en cause (site, monument, musée, ville, région), des types de patrimoine concernés (culturel et/ou naturel ; urbain ou rural ; matériel ou immatériel ; religieux, civil ou militaire, archéologique, architectural, muséal, etc) ou enfin des périodes chronologiques impliquées.
Pourtant, au delà de cette diversité, émerge un certain nombre de points communs et d’implications communes qui méritent d’être soulignés car leur mise en évidence révèle la cohérence des thématiques abordées par le programme STRABON. Ces thématiques s’organisent autour de 5 points :
la découverte de patrimoines méconnus
la promotion de nouvelles recherches scientifiques
la prise de conscience et la valorisation du patrimoine
les thématiques nouvelles du tourisme
le développement économique et touristique
1.Découvrir des patrimoines méconnus
Plusieurs des projets présentés par les partenaires du programme STRABON incitent à découvrir des patrimoines méconnus, car oubliés pendant longtemps, non valorisés ou mal documentés (du moins dans certains de leurs aspects) : qu’il s’agisse de celui d’une ville (avec le projet tunisien sur Sousse, ceux du partenaire marocain sur Rabat-Salé), d’une région (avec les projets algériens sur les zones humides algériennes ou la région des ksours, celui proposé sur Delphes et sa région élargie par le Centre Culturel Européen de Delphes ou celui marocain sur l’ensemble de la région autour de Rabat-Salé) ou encore d’un site archéologique (avec le projet jordanien sur Jerash, celui tunisien sur Oudhna). Mais la découverte d’un patrimoine méconnu peut impliquer aussi de porter un regard différent sur celui qui semble déjà fort bien documenté et qui est largement visité, comme le proposent les projets de CULTNAT (sur le plateau de Gize, avec la présentation minutieuse de chaque monument qui en est faite), de la Bibliothèque d’Alexandrie (sur la ville d’Alexandrie dans son histoire longue et les multiples dimensions de son patrimoine), du musée du Louvre (sur Saqqara et le Ramesseum), du Ministère tunisien de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine (sur le site de Dougga ou la ville de Tunis), de Marco Polo System (sur une partie du patrimoine vénitien peu visité), de Jaffa Net Computer (sur Jérusalem et l’héritage que les trois religions monothéistes y ont laissé), etc. Les propositions faites par certains partenaires (comme celui de la Faculté des Beaux-Arts et des Arts Appliqués de l’Université Saint Esprit de Kaslik, sur les temples de la haute montagne libanaise) pour promouvoir de nouveaux itinéraires de visite s’inscrivent dans la même démarche de découverte de nouveaux patrimoines. De l’ensemble de ces projets et de ces découvertes, il apparaît que la définition du patrimoine doit être complexifiée : le patrimoine ne peut être réduit à sa seule définition culturelle mais il est important aussi de prendre en compte ses multiples facettes, et en particulier d’intégrer sa dimension naturelle, immatérielle, etc.
2. Promouvoir de nouvelles recherches scientifiques
La volonté de découvrir des patrimoines méconnus peut avoir de nombreuses implications. Elle peut inciter, d’une part, à promouvoir de nouvelles recherches scientifiques. Une telle promotion peut prendre des formes diverses comme plusieurs projets des partenaires du programme le proposent : par l’organisation de colloques et de séminaires, par la multiplication de publications, par le lancement de travaux d’inventaire et de documentation, etc. Ainsi, les projets du partenaire algérien (sur les zones humides et sur le sud-ouest du pays) insistent sur la nécessité de combler les lacunes des recherches sur ces régions méconnues de l’Algérie, en particulier sur le sud-ouest algérien, dans un contexte d’essor des recherches sur le patrimoine et la mémoire de l’Algérie, donc d’impliquer des chercheurs (pour organiser des colloques, rédiger des publications, etc) mais aussi des étudiants (pour entreprendre des études de terrain). Les projets libanais (sur les temples de haute montagne) et jordanien (sur Jerash) vont dans le même sens. La promotion de nouvelles recherches scientifiques implique, dans un deuxième temps, leur diffusion à un public aussi large que possible. C’est l’objectif que s’est fixé le Musée du Louvre avec son projet sur le site de Saqqara : faire connaître d’abord aux spécialistes les dernières avancées des fouilles archéologiques et mettre à leur disposition une documentation spécialisée à ce sujet, puis s’adresser aux enseignants et à leurs étudiants ou élèves et leur proposer l’accès à d’autres types de documents, mais aussi aux passionnés et aux voyageurs ; il en est de même pour les projets des partenaires algérien, syrien, jordanien et libanais. L’utilisation des nouvelles technologies de l’information constitue alors un important atout.
3. Prise de conscience et valorisation du patrimoine
La découverte de patrimoines méconnus comme la promotion de nouvelles recherches scientifiques permettent une meilleure prise de conscience de la valeur patrimoniale et touristique d’une région, d’une ville, d’un site, etc, par la population locale, le milieu éducatif, les responsables administratifs, les gouvernements, les organisations nationales et internationales, etc. Tous les projets ont pu le montrer. Mais cette prise de conscience concerne aussi les dangers qui menacent chaque site, chaque ville, chaque type de patrimoine : dangers de perte des caractéristiques écologiques spécifiques des zones humides algériennes, dangers qui menacent le site d’Abou Mina avec la montée de la nappe phréatique et des eaux de drainage agricole, dangers qui menacent l’authenticité et la spécificité des médinas de Tunis et Sousse par l’essor du secteur touristique, etc. Elle a pour objectif d’inciter les différents responsables (locaux, nationaux, internationaux) à prendre les mesures qui s’imposent pour réhabiliter, restaurer, valoriser, faire découvrir le patrimoine concerné. Dans le cas du site libanais de Hardine, cela est particulièrement nécessaire puisqu’il a subi d’importantes détériorations pendant la guerre civile libanaise. Cela l’est aussi pour les autorités tunisiennes dans le cas des médinas menacées ou pour le musée du Louvre lors des fouilles qu’il entreprend sur les sites de Saqqara ou du Ramesseum. Ces mesures peuvent faciliter enfin une meilleure accessibilité des sites, par la construction de routes par exemple comme cela est le cas pour le site de Faqra.
4. Un tourisme aux thématiques nouvelles
Tous ces projets ont évidemment des implications sur le plan touristique. Plusieurs d’entre eux proposent un tourisme aux thématiques nouvelles dans des lieux déjà très visités par les voyageurs : il en est ainsi du projet de Marco Polo pour découvrir le système de fortifications mis en place par Venise ainsi que la faune et la flore qui environnent chaque fort ou encore celui du Centre Culturel Européen de Delphes sur la région autour de Delphes, pour inciter les voyageurs à ne pas se contenter de la visite de ce site archéologique mais plutôt à élargir leur périple à la région élargie autour. Pour certains autres projets, comme celui de CULTNAT sur le site d’Abou Mina, il s’agit de promouvoir un tourisme différent que celui du pèlerinage religieux en plein essor actuellement, donc d’offrir aux voyageurs la possibilité de visiter le site à des périodes différentes que les deux pèlerinages annuels. Il en est de même du projet du parc Cilento qui souhaite faire découvrir à ses visiteurs les richesses de l’intérieur de son territoire (c’est-à-dire hors des circuits touristiques traditionnels qui se limitent aux régions côtières), mais aussi à d’autres périodes que l’été, habituellement très prisé par les voyageurs. Le projet algérien propose, pour sa part, un « tourisme de type familial » dans le sud-ouest du pays. Enfin, le projet jordanien sur Jerash souhaite créer de nouveaux besoins chez les voyageurs de passage en Jordanie ou attirer de nouveaux voyageurs qui, à Amman pour des raisons professionnelles, ne se seraient pas a priori rendus sur un site archéologique, pourtant peu éloigné de leur lieu de séjour.
5. Pour un développement économique et touristique renouvelé
En définitive, la plupart de ces projets proposent un modèle de développement économique et touristique renouvelé, qu’il s’agisse de celui proposé par l’Etat syrien pour mieux intégrer les villes mortes dans leur territoire et y développer une nouvelle forme de tourisme ; de celui du Parc du Cilento afin de permettre aux populations qui habitent sur son territoire de disposer de véritables moyens de subsistance par les nouvelles possibilités touristiques proposées aux voyageurs ; ou encore de celui sur le sud-ouest algérien pour que les populations locales puissent disposer de nouveaux types d’activités économiques. Le projet sur la région élargie de Delphes a aussi pour objectif de favoriser les projets de croissance de ladite région, en particulier sur le plan industriel. Enfin, les projets tunisiens sur les [sites de Dougga et Oudhna, celui jordanien sur Jerash ou celui sur les villes mortes, veulent tous améliorer les relations entre les populations locales et le site sur lequel elles sont installées, en particulier lorsque ces populations se sont senties dépossédées de l’espace où elles résident depuis des générations, lorsque la transformation dudit espace en site archéologique ne s’est pas accompagnée de la création d’activités nouvelles qui leur auraient offert de nouvelles ressources de subsistance et auraient compensé avantageusement leur perte de la maîtrise d’une partie du sol (ce qui s’est passé à Dougga).



