Espace éditorial du programme STRABON
Accueil > Euro Méditerranée > Gros plans > THUGGA / DOUGGA, un site du patrimoine

THUGGA / DOUGGA, un site du patrimoine mondial en Tunisie

KHANOUSSI Mustapha
Situé à environ 106 km au sud-ouest de la capitale du pays Tunis, le site archéologique de Dougga (antique Thugga) couvre une superficie d’environ 70 ha. Ses vestiges sont les témoins de plus de dix-sept siècles de la vie d’une cité fondée au plus tard à la fin du VIe siècle avant J.-C. Ils constituent un ensemble exceptionnel qui illustre l’heureuse synthèse entre différentes cultures : numide, punique, hellénistique et romaine.

I- Présentation

Le site de Dougga conserve dans son intégralité les restes d’une cité antique avec toutes ses composantes et offre le meilleur exemple connu de l’organisation d’une ville de fondation autochtone et de l’adaptation de son urbanisme au modèle romain.

a)- Première capitale du royaume numide ?

D’une “ belle grandeur ” au début du IVe siècle avant J.-C. aux dires de l’auteur grec Diodore de Sicile, la cité de Thugga a été d’après certains savants modernes la première capitale du royaume numide avant de se voir remplacée par la ville de Cirta (aujourd’hui Constantine, en Algérie) située nettement plus à l’ouest, en plein cœur du pays numide. Occupant un plateau protégé d’un côté par la nature et dominant de l’autre côté une riche vallée, avec à proximité une source pérenne ( Aïn Mizeb) et des collines formées d’une pierre calcaire excellente pour la construction, la cité disposait ainsi de conditions favorables à son développement et son épanouissement. L’histoire de ses premiers temps est encore à écrire, les couches les plus anciennes du site n’ayant pas encore été explorées. Une nécropole dolménique dont de nombreux restes sont encore visibles semble remonter à cette période lointaine. Pour l’époque suivante, les témoignages sont relativement plus nombreux et variés. Un beau tronçon de la muraille qui protégeait la ville, les vestiges d’un temple construit en 138 avant J.-C. pour le culte du défunt roi numide Massinissa, des niveaux d’habitat retrouvés sous des vestiges d’époque romaine, et une importante collection d’inscriptions libyques, puniques et bilingues en libyque et en punique, témoignent du niveau de développement atteint par la cité au cours des IIIe et IIe siècles avant J.-C. Mais c’est le fameux mausolée libyco-punique qui, du haut de ses 21 m, reste le plus beau symbole et le témoin éclatant d’une grande richesse culturelle et d’une réelle prospérité économique.

b)- Époque romaine : le temps de la coexistence

Avec la conquête romaine advenue en 46 avant J.-C., la cité n’a pas été détruite, et ses habitants n’ont pas été chassés. Elle a vu toutefois l’installation sur son territoire d’une communauté de colons dépendant de la colonie romaine qui venait d’être fondée à Carthage. Ainsi, pendant environ deux siècles et demi, deux communautés juridiquement distinctes, l’une composée des habitants autochtones devenus des pérégrins et l’autre formée des colons qui étaient des citoyens romains, allaient coexister dans la même ville et sur un même territoire. Elles allaient participer toutes les deux au même titre au développement et à l’épanouissement de la cité. Deux civilisations, celle punico-numide des autochtones r et ainsi donner naissance à une culture que l’on pourrait qualifier de “romano-africaine”. Au lendemain de la colonisation romaine, les autochtones n’ont pas, en effet, renoncé comme par enchantement à leur mode de vie, à leur langue, à leurs dieux, etc. De leur côté, les nouveaux venus ne sont pas arrivés les mains vides. Ils ont apporté avec eux leur langue, le latin devenu la langue officielle de la province, leurs dieux gréco-romains, leur mode de vie et leur modèle urbanistique. Peu à peu, la paysage urbain a commencé à être remodelé. De nouveaux types de monuments qui n’étaient pas connus dans l’architecture punique ou numide furent introduits, comme par exemple les monuments de spectacle (théâtre, amphithéâtre, cirque,....), les thermes publics, les temples de type gréco-romain ou les arcs de triomphe, sans parler des aqueducs, des citernes publiques ou des nymphées et autres fontaines publiques. Pendant plus de deux siècles, la ville allait vivre au rythme incessant des chantiers de construction financés par les familles aisées des deux communautés dans leur vaniteuse course aux honneurs. Tout en gardant un urbanisme foncièrement numide, Thugga s’est ainsi trouvée dotée d’une parure monumentale à la romaine. À cet égard, elle constitue un exemple représentatif d’une cité du Maghreb sous les rois numides et durant les premiers siècles de l’Empire romain.

(JPG)

c)- Un musée de plein air

Visité déjà en 1631 par Thomas d’Arcos, provençal d’origine espagnole, capturé par les corsaires et vendu à un riche marchand de Tunis avant de se racheter et de se convertir à l’Islam, Dougga qui abritait à cette époque un petit hameau agricole, allait devenir à partir du début du XVIIIe siècle l’un des sites archéologiques tunisiens les plus fréquentés par les voyageurs européens. Les recherches commencées au lendemain du protectorat français en 1881 et menées depuis à un rythme plus ou moins soutenu n’ont permis à ce jour que la fouille du tiers du site environ. Elles ont donné lieu à la mise à jour d’un grand nombre de monuments de différentes époques et d’une grande variété. Bon nombre d’entre eux sont uniques en leur genre et font de Dougga un site exceptionnel. Dougga peut aussi se prévaloir de posséder une collection épigraphique d’une valeur exceptionnelle. Elle est riche de plus de 2000 inscriptions libyques, puniques, grecques et latines.

Quand on arrive par le nord, on ne voit de loin que la falaise abrupte qui constituait une défense naturelle, ainsi que les colonnes de la façade du temple de Baal Hamon-Saturne qui, après les travaux de restauration du début du siècle dernier, dominent de leur hauteur retrouvée la vallée de l’oued Khallad.

Par contre, si l’on arrive par le sud, c’est une vue de l’ensemble du site qui s’offre au visiteur. Une vue qui laisse rêveur. Des vestiges étagés en terrasses, dominés par les masses majestueuses du temple du Capitole, des thermes publics dits liciniens et du théâtre. Comment alors ne pas se rappeler avec quelle vanité, quelle joie et quelle peine, des générations d’hommes et de femmes, toute origine et toute culture confondues ont contribué à la construction de ces monuments devenus ruines ?

Ces ruines sont constituées des vestiges de monuments publics, tant religieux que profanes, ainsi que des restes de demeures privées. Mentionnons tout d’abord le temple de Saturne édifié à la fin du IIe siècle après J.-C. à l ’emplacement d’un sanctuaire plus ancien qui remonte à l’époque pré-romaine et qui était consacré au culte de Baal Hamon, le grand dieu de la Carthage punique. Il est composé de trois cellae donnant sur une grande cour entourée de portiques. En contrebas s’étendait une nécropole qui est demeurée en service pendant de nombreux siècles, jusqu’après le triomphe de la religion chrétienne, comme en témoigne le caveau funéraire d’une riche famille où l’incinération et l’inhumation ont été tour à tour pratiquées et la petite église ad memoriam qui fut édifiée au VIe siècle et qui reste à ce jour le seul édifice cultuel chrétien retrouvé à Dougga.

Ensuite vient le théâtre. Majestueux édifice de forme semi-circulaire aménagé à flanc de colline et dont la construction a nécessité d’importants travaux de terrassement et une somme non négligeable d’ingéniosité et de prouesses techniques. Sa capacité estimée à environ 3 500 places pour une population de 5 000 personnes (10 000 si l’on compte qui résidaient sur territoire ) dépassait largement les besoins réels de la ville. Après près de quinze siècles d’abandon, ce monument fut exhumé, ses vestiges restaurés et il a repris du service. Depuis plus de cinquante ans, chaque été, il accueille de nouveau la grande foule des amateurs de loisirs culturels qu’attirent les spectacles du Festival International de Dougga. Dans sa “demeure éternelle”, le généreux donateur qui, il y a bien longtemps, a financé sa construction, ne doit être que plus fier de sa réalisation.

Poursuivons notre promenade et empruntons la rue antique qui part du théâtre et se dirige vers l’ouest, vers le centre de la ville antique. Son tracé, courbe comme celui de toutes les autres rues de la ville, évoque la trame urbaine, demeurée foncièrement numide, de la cité à l’époque romaine. Son beau dallage et l’égout qui court en dessous reflètent l’influence de la civilisation romaine. Le plus qui lui fut ajouté a été la parure monumentale à la romaine dont la ville a été peu à peu dotée grâce à la générosité des riches citoyens issus des deux communautés autochtone et romaine et dans le cadre de l’émulation et de la course aux honneurs des familles aisées.

Quand on arrive au quartier du forum qui constituait le cœur de la cité, on se trouve devant un saisissant raccourci de la longue histoire de Thugga. Longtemps considéré comme étant de fondation romaine, mais auquel les récentes recherches viennent d’attribuer une origine beaucoup plus ancienne, ce quartier constitue un miroir fidèle qui reflète de manière condensée les différentes époques de l’histoire de la cité. Les nombreux monuments que l’on y trouve constituent en fait des témoins des multiples travaux d’aménagement et de réaménagement dont il a été l’objet. Quatre d’entre eux peuvent à cet égard être considérés comme emblématiques chacun d’une grande période :
-  le temple de Massinissa pour la période royale numide ;
-  le temple du Capitole pour la période impériale romaine ;
-  la fortification édifiée avec des matériaux de remploi pris dans des monuments plus anciens devenus inutiles pour la période byzantine ;
-  et, pour la période islamique, des petits thermes d’époque aglabite et surtout, sur les substructions d’un sanctuaire païen, une petite mosquée, seul monument rescapé du hameau agricole qui pendant longtemps a vécu sur et dans les ruines de la ville antique.

Du quartier du forum, le visiteur n’a que l’embarras du choix pour poursuivre la visite.

Il peut revenir sur ses pas et se diriger vers l’Est pour aller visiter le complexe religieux unique en son genre et composé de temples dont l’un est doté d’un petit théâtre cultuel qui fut aménagé sur les décombres de niveaux d’habitat de l’époque numide. Cet ensemble qui fut édifié sous le règne de l’empereur Hadrien (118-138) par des membres de l’une des familles les plus en vue de la ville, celle de Gabinii, n’est séparé que par une ruelle pavée d’une mosaïque blanche des grands thermes publics édifiés sous le règne de Caracalla (211-217). La construction de cet établissement thermal n’a pas dû être de tout repos comme en témoignent les trois niveaux du monument :
-  niveau d’accès des usagers constitué par la ruelle mosaïquée et par le vestibule
-  niveau d’utilisation auquel on accède par l’escalier qui relie le vestibule à la salle
-  niveau de service situé sous la partie chauffée de l’établissement et constitué par les souterrains qui étaient empruntés par le personnel chargé d’alimenter les foyers en bois et de faire chauffer l’eau.

Ou bien, il peut continuer vers l’ouest et aller visiter un temple païen anonyme qui fut considéré pendant longtemps et sans aucune raison valable comme un marché d’esclaves, la maison de Vénus et le temple de la Victoire de Caracalla qui lui est contigu. Un peu plus loin, vers l’ouest, au milieu d’oliviers centenaires, se trouve le sanctuaire de Tanit-Caelestis au plan semi-circulaire unique en son genre dans l’architecture religieuse païenne de toute l’Afrique du Nord. Non loin de là, vers le nord-est, on rencontre les vestiges des citernes publiques de Aïn el-Hammam et l’arc à une baie de Sévère Alexandre, et plus loin encore vers le nord, les citernes de Aïn Mizeb, le temple de Minerve, le cirque et la nécropole dolménique.

La promenade se terminer par la visite des quartiers bas de la cité où se trouvent les vestiges de nombreuses demeures privées ainsi que le mausolée libyco-punique que d’importants travaux de restauration ont remis en état au début du siècle dernier.

II- Un site culturel du Patrimoine Mondial de l’UNESCO

Avec ses 70 ha de superficie et ses vestiges témoins de plus de dix-sept siècles d’histoire, le site de Dougga constitue un site culturel insigne. Il est considéré comme l’un des meilleurs exemples parvenus jusqu’à nous de l’adaptation d’une cité de fondation autochtone, numide, ayant connu une très forte influence de la civilisation punique, au modèle urbanistique romain. L’excellent état de conservation de la plupart de ses monuments et sa riche collection épigraphique, l’une des plus importantes du monde romain, lui ont valu son inscription en 1997 sur la Liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO.

III- Dougga et son territoire : un divorce qui a trop duré !

L’histoire des relations du site de Dougga et de son territoire ne date pas d’aujourd’hui. Elle remonte en effet à plus d’un siècle. Ces relations ont commencé le jour où ces vestiges archéologiques dans lesquels et sur lesquels était installé depuis des lustres un petit bourg rural, ont commencé à susciter l’intérêt des scientifiques européens et sont devenues ainsi un objet d’étude et de recherche. Préparé à partir du milieu du XVIIe siècle par les premiers explorateurs, ce moment qui scelle le sort de Dougga peut être situé peu de temps après l’établissement en 1881 du protectorat français sur le territoire de la Régence de Tunis. Il s’est traduit sur le terrain par les premiers dégagements. et les premières fouilles, qui ont marqué le début d’une relation plus souvent conflictuelle qu’harmonieuse entre ce qui finira par devenir un site archéologique et son environnement humain. Les raisons de ces relations tendues qui ont fini par engendrer avec le temps une situation de divorce consommé entre le site archéologique et la population locale peuvent être résumées comme suit :

-  Tout d’abord, le fait que la population locale ne se reconnaissait pas dans ces vestiges sur le plan identitaire. Pour elle, ils ne sont pas les témoins de son histoire ou de celle de ses ancêtres. Ils sont par contre ceux d’une autre population et d’une autre civilisation qui ont disparu depuis très longtemps et avec lesquelles elle n’entretenait aucun lien.

-  Ensuite, il faut donner toute sa valeur au fait que, soit par achat à l’amiable, soit par l’expropriation autoritaire, les recherches et les investigations se sont développées au détriment de l’espace d’habitat et de l’espace cultivé qui assurait à la population une de ses ressources de subsistance.

-  Enfin, cette dépossession progressive et inexorable dont le résultat le plus manifeste fut la transformation de Dougga de petit hameau agricole en un site archéologique, ne s’est pas accompagnée de la création d’activités nouvelles qui auraient offert de nouvelles ressources de subsistance à la population et qui auraient compensé avantageusement sa perte de la maîtrise d’une partie du sol. Bien au contraire, cette dépossession a été accompagnée de la mise en place d’une législation contraignante qui institue un droit de regard et limite le droit de jouissance dans les zones restées aux mains des particuliers. Tout cela s’est fait sans aucun souci ni d‘explication, ni de compensation et encore moins d’implication de cette population.

C’est ainsi que, durant des décennies et jusqu’à récemment, on a assisté à la co-existence d’un site archéologique replié sur lui-même et d’une population locale qui lui tourne le dos en l’ignorant superbement, sauf quand il y a une opportunité de travail saisonnier à saisir.

Comme il est aisé de le deviner à la lumière des données qui viennent d’être rappelées, l’intégration du site dans son territoire est presque nulle et les opportunités d’activités professionnelles directes ou induites qu’il a générées sont très réduites par rapport à ses potentialités. Cette situation est d’autant plus regrettable que tant la valeur intrinsèque du bien culturel que son contexte socio-économique offrent toutes les conditions pour concrétiser à une échelle réelle et pour vérifier la valeur de l’approche qui veut faire du patrimoine culturel en général, et du patrimoine archéologique en particulier, un levier de développement, plus particulièrement dans les zones pauvres.

IV- Une région pauvre

Ce bien culturel est situé dans une région pauvre, où l’activité agricole demeure le pourvoyeur principal d’emploi, essentiellement saisonnier, où les activités de type industriel et de services sont encore peu développées, où le taux de chômage atteint 45 % contre un taux national de l’ordre de 15 %, et où le chômage des femmes est particulièrement important. Une étude récente a montré que le pourcentage des ménages comptant deux actifs est inférieur à 7 % contre un taux national qui dépasse souvent 30 %. Elevé pour les moins de 13 ans auprès de qui il atteint 98 %, le taux de scolarisation diminue notablement pour les 14/16 ans pour n’atteindre qu’à peine 60 %. Issus pour l’essentiel des familles les plus défavorisées, ces jeunes exclus de l’instruction viennent grossir tout naturellement les rangs des demandeurs d’emploi

V- Une volonté politique forte d’encourager le développement : le projet présidentiel de Parc Archéologique National

Pour remédier à cette situation, les autorités politiques ont mis à contribution tout ce qui pourrait aider au développement socio-économique de la région. C’est ainsi qu’elles ont été amenées à chercher le meilleur moyen pour valoriser ce riche patrimoine, en l’intégrant dans son environnement socio-économique et en l’utilisant comme un des leviers de développement dans cette région pauvre. Ainsi, le 21 juillet 1991, lors d’un Conseil Ministériel Restreint présidé par le Chef de l’Etat, la décision est prise d’aménager le site de Dougga en Parc Archéologique National. Cette décision vise à atteindre trois objectifs majeurs :
-  assurer de manière durable la protection et la sauvegarde de ce site insigne et de son environnement naturel.
-  relancer et développer les études scientifiques du site.
-  aménager et mettre en valeur le site et faire de Dougga une étape principale du tourisme culturel. Elle est venue s’inscrire dans un contexte de réalisation très favorable.

VI- Un contexte de réalisation favorable

Depuis l’indépendance, le patrimoine est considéré en Tunisie comme l’un des fondements de l’identité nationale. Ce credo s’est encore renforcé au cours de ces dernières années. Une place plus grande lui a été accordée dans les programmes officiels d’enseignement et d’éducation. Les institutions qui en ont la charge ont vu leur champ de compétence étendu et leurs moyens tant humains que financiers croître de manière significative.

Cette conscience aiguë de la place centrale qu’occupe le patrimoine s’est accompagnée d’un rôle plus actif qui est désormais le sien dans l’un des secteurs économiques les plus importants du pays, à savoir le tourisme. Pendant longtemps, cette activité a revêtu en Tunisie un caractère pour l’essentiel balnéaire et de masse. Depuis quelque temps, on assiste à des efforts de diversification du produit qui ont déjà permis de lancer le tourisme saharien, celui du golf, et actuellement il existe un programme pour le développement du tourisme lié à la thalassothérapie ainsi que du tourisme culturel. Bien que ce dernier ait de tout temps existé chez nous et qu’il a même été la première forme de tourisme pratiquée, son développement en tant que tel ne fait que commencer. À cet effet, un plan global de promotion du tourisme culturel a été approuvé par le Conseil Ministériel Restreint présidé par le Chef de l’Etat le 24 juillet 1998. De même, un plan de développement du tourisme jusqu’à l’horizon 2016 qui a été élaboré en 2001 par le Ministère du Tourisme, des Loisirs et de l’Artisanat en coopération avec l’Agence Japonaise de Coopération Internationale (JICA), accorde au tourisme culturel une place de premier plan Cette démarche s’inscrit dans un cadre plus général qui constitue une priorité politique nationale. Il s’agit de la lutte contre les disparités régionales du développement économique et social, illustrée par le programme national d’éradication des « zones d’ombre », c’est-à-dire les zones défavorisées du pays. Cet effort national s’est traduit par :

la réalisation dans ces zones de l’infrastructure de base : routes, électricité, eau potable, équipement de santé et d’éducation ;

l’aide à l’acquisition d’une formation professionnelle, à la création d’emplois et à la création de petites et moyennes entreprises. Ainsi, deux fonds nationaux et une banque ont été créés pour atteindre ces objectifs : le Fonds de Solidarité Nationale plus connu sous le nom de 26-26, le numéro de son compte postal ouvert en décembre 1992 pour recueillir les dons et contributions volontaires des particuliers nationaux et étrangers et des entreprises ; le Fonds National de l’Emploi ou 21-21 et la Banque Tunisienne de Solidarité, créée en 1997, dont la mission principale est d’accorder à taux avantageux aux jeunes dotés d’une qualification professionnelle reconnue mais ne pouvant présenter les garanties exigées par les banques traditionnelles, des micro-crédits nécessaires à leur installation à leur compte et à la création de leur entreprise.

VII- Le projet de Parc archéologique national

C’est dans ce contexte local et national caractérisé par la place nouvelle accordée au patrimoine culturel qu’est venu s’inscrire le projet d’aménagement du site de Dougga en Parc archéologique national comme une application des programmes nationaux de développement du patrimoine culturel et d’essor du tourisme culturel, avec comme ambition affichée de contribuer au développement socio-économique de la région. Les composantes du projet sont :

-  amélioration des voiries et des aires de stationnement ;
-  restauration des monuments et maintenance du site ;
-  aménagement des circuits de visite et signalétique ;
-  construction d’un musée de l’écrit ;
-  construction d’un centre d’interprétation ;
-  construction d’un centre d’accueil pour les visiteurs (toilettes, buvette, boutiques…) ;
-  formation du personnel de gestion ;
-  formation du personnel d’accueil, de présentation et d’animation ;
-  aide à la création et promotion d’un artisanat inspiré du patrimoine ;
-  aide à la promotion des produits du terroir ;
-  contribution à la formation du personnel et aide au développement l’infrastructure touristique.

VIII- Site et territoire : les nouvelles filières artisanales ou le temps de la réconciliation

Ainsi, le projet de mise en valeur du site et de son aménagement en Parc Archéologique National, ne se limite plus, comme cela était prévu au départ, aux seules interventions et réalisations à l’intérieur du périmètre du site ; mais, au contraire, l’intégration du site dans son territoire prend toute sa valeur. Cette intégration passe obligatoirement par les opportunités d’emplois directs ou induits que la valorisation du site génère au profit de la population locale, toutes conditions et toutes tranches d’âge confondues. Ces opportunités sont à considérer comme l’un des indicateurs de réussite du projet et l’un de ses objectifs principaux

La conservation et la valorisation du site nécessitent des compétences qu’il va falloir former aussi bien dans le domaine de l’entretien et la restauration des monuments que dans celui des collections archéologiques : sculpture, inscriptions, mosaïques etc… Sa présentation et son animation demandent des profils professionnels nouveaux. L’augmentation attendue du nombre des visiteurs ne manquera pas, quant à elle, d’avoir des effets immédiats sur l’environnement socio-économique, tant local que régional.

Forum
Poster un message


Mots-clés

Dans la même rubrique

Programme STRABON — http://www.strabon.org/