Le programme Strabon dans la perspective de l’Unesco
Permettez-moi tout d’abord d’exprimer mes vifs remerciements aux organisateurs de cette manifestation importante pour leur invitation, qui m’offre l’occasion de m’exprimer dans le cadre du « Programme Strabon pour le développement d’un système d’information multilingue et multimédia pour le patrimoine culturel et le tourisme euro-méditerranéen ».
Pour faire suite au souhait exprimé par Messieurs Jean-Luc Lory, coordinateur du programme, et André Beillard, chef de projet, je veux témoigner du soutien de l’UNESCO à ce projet, soutien dont les modalités seront définies très prochainement. Permettez-moi également d’exprimer mes vœux de réussite à cette rencontre de grande importance.
En effet, l’UNESCO est à double titre concernée par ce programme, et d’abord et avant tout, par son aspect patrimonial, puisque l’acte constitutif de notre Organisation la charge de « veiller à la conservation et à la protection du patrimoine universel d’œuvres d’art et de monuments d’intérêt historique ou scientifique ». Il s’agit donc de protéger le patrimoine culturel pour mieux le partager, et l’UNESCO a œuvré en première ligne et continue d’œuvrer pour la sauvegarde des biens culturels les plus importants de l’humanité et pour la préservation des biens culturels de la région Méditerranée, telles que les Campagnes internationales de Sauvegarde des biens culturels de la ville de la Valette à Malte, de la Ville Historique d’Istanbul en Turquie, du site archéologique de Tyr au Liban, du Site archéologique de Carthage, de la Médina de Fès au Maroc, du Musée d’Assouan en Egypte, et pour le projet de conservation des peintures murales du Tombeau d’Aménophis III, en Egypte également. Depuis plus de cinquante ans, cette action a amené la communauté internationale - et ceci peut être perçu comme une première dans l’histoire de l’humanité- à considérer le patrimoine tant matériel qu’immatériel, témoins de la créativité des peuples, comme patrimoine universel de l’humanité, et il importe qu’il soit conservé et transmis aux générations futures, tant en favorisant la réflexion intellectuelle dans ce domaine qu’en développant une action normative et opérationnelle. Je ne veux pas être long et mes collègues pourront, si vous le souhaitez, vous en informer plus en détails.
Il me paraît important de rappeler que ces visions et actions adoptées par l’UNESCO ont été renforcées par l’entrée en son sein, dans les années soixante, de nombreux Etats de la rive sud de la Méditerranée, lesquels sortant de la période coloniale, reconnaissaient que « l’émancipation politique n’a guère de sens si elle ne s’accompagne pas de l’émancipation culturelle ». Vu sous cet angle, nous comprenons que l’attachement aux témoignages de l’identité culturelle, notamment matériels, prenne une signification toute particulière. La reconnaissance de la valeur du patrimoine monumentale s’inscrit aussi dans une logique de revendication culturelle des peuples eux-mêmes, tout en se situant dans la perspective des grands principes énoncés par l’UNESCO.
Ce programme concerne également au premier plan notre organisation dans la mesure où il cherche aussi à encourager le tourisme culturel.
En effet, l’UNESCO s’est attachée au cours de ces dernières années à promouvoir au sein de la communauté internationale la reconnaissance de la dimension culturelle du développement. Il s’agissait de reconnaître que le patrimoine culturel et la création culturelle, outre qu’ils constituent une source d’identité pour les peuples, sont également à la base d’activités économiques florissantes et représentent un potentiel économique stimulé par une forte demande du public. Ceci se traduisit ainsi par le Rapport dit « Perez de Cuellar » sur la Culture et le Développement, puis par la conférence intergouvernementale sur les politiques culturelles pour le développement (Stockholm, 30 mars-2 avril 1998), et la conférence de Florence organisée les 8 et 9 novembre 1999 avec le gouvernement italien et la Banque Mondiale.
Le tourisme, qui représente un domaine particulier des relations entre la culture et le développement, peut ainsi constituer, lorsqu’il est bien conçu, un formidable outil de développement, de sauvegarde et de promotion du patrimoine culturel. C’est aussi à la fois le principal vecteur du dialogue entre les cultures et les civilisations, thème qu’illustre le projet « les Routes de la Soie, routes du Dialogue entre civilisations » et un moyen de conserver, pour les générations présentes et futures, la mémoire d’évènements historiques douloureux, comme avec le projet de « Route de l’esclavage ».
Le tourisme a également un rôle important à jouer dans le domaine de la paix dans le monde, du respect et de la tolérance, en montrant la diversité des apports et influences historiques de chaque civilisation et culture qui en font leur richesse, leur force créatrice et leur rayonnement. La prise de conscience de la complexité de ces interférences créatrices doit permettre au touriste- citoyen de se sentir membre d’une communauté internationale unique et diverse, responsable de la préservation d’un patrimoine culturel commun à transmettre aux générations futures.
Le tourisme est ainsi concerné par la Déclaration Universelle sur la diversité culturelle, adoptée par la conférence générale de l’UNESCO au mois de novembre dernier, qui proclame que « la diversité culturelle est, pour le genre humain, aussi nécessaire qu’est la biodiversité dans l’ordre du vivant ». En ce sens, poursuit la Déclaration, « elle constitue le patrimoine commun de l’humanité ».
Pour l’UNESCO, le tourisme doit continuer à préserver et à promouvoir le patrimoine culturel, matériel et immatériel, à mieux faire connaître la diversité des richesses culturelles, souvent méconnues, même dans les régions dites « touristiques » depuis 2500 ans, comme la Méditerranée. Strabon lui-même serait un touriste de l’Antiquité, si l’on en croit ses récits de voyages, en Egypte notamment. Les nouvelles technologies de la communication, qui sont en cœur du projet Strabon, doivent jouer dans le domaine de l’information, du voyage virtuel, de la promotion et de la commercialisation des circuits de découverte culturelle un rôle similaire à celui du tourisme.
Ces nouvelles technologies dans le projet Strabon vont contribuer à mieux faire connaître la culture des pays de la Méditerranée, à montrer leurs spécificités, leurs cousinages, leurs emprunts, ainsi que leurs multiples influences mutuelles.
Les projets suivants, menés dans le cadre du programme de l’UNESCO, visent à illustrer les objectifs poursuivis par l’Organisation dans le domaine du tourisme culturel dans l’aire méditerranéenne :
Le programme Méditerranée fédère tout d’abord les activités de l’UNESCO ayant pour théâtre la Méditerranée. Son objectif majeur est le dialogue inter-culturel, les trois activités prévues étant :1. « La navigation du savoir, réseau des arsenaux historiques de la Méditerranée », 2. »le réseau des zones protégées, parcs et jardins de la Méditerranée » et 3. « le réseau de l’artisanat et des métiers d’art ».
Le Projet pour une « Stratégie du développement durable du tourisme au Sahara, dans une perspective d’élimination de la pauvreté,
Le Projet « culture, tourisme et développement en Afrique de l’Ouest », en cours de réalisation, conçu sur le modèle d’un projet similaire réalisé dans huit pays du monde arabe, et visant à renforcer la dimension culturelle des politiques de développement touristique.
Le séminaire régional pour plusieurs pays de Proche-Orient, à Damas, tenu en septembre 2001, sur le thème « le tourisme durable et la gestion des sites du Patrimoine Mondial », dont une des recommandations, en cours de mise en œuvre, concerne la création d’un parc éco-culturel sur un plateau calcaire du sud d’Alep appelé « les villages oubliés ».
Le Projet « l’homme, la culture, le tourisme : la diversité culturelle en danger ? » consistant en une publication et un séminaire sur les effets socio- culturels du tourisme, à partir d’études de cas prises dans le monde entier.
En conclusion, je me réjouis que le projet Strabon soit lancé au cours de l’Année Internationale des Nations Unies pour le patrimoine culturel, car il illustre parfaitement les deux thèmes principaux de cette Année qui sont le dialogue et le développement, et j’apporte, au nom de l’UNESCO, mon soutien à ce projet novateur au service du patrimoine culturel.



